Un secteur bien intégré

Le marché de l’assurance fait partie des axes stratégiques qui apportent une contribution importante à l’économie ivoirienne.

Il y a beaucoup de fonds qui circulent silencieusement dans ce milieu des affaires. Et comme l’argent n’aime pas le bruit, dit le vieil adage, les assureurs locaux se frottent bien les mains. Ce marché comprend 31 sociétés dont 19 en non-vie et 12 en assurance-vie avec un chiffre d’affaires de 278,493 milliards FCFA et 1873 salariés fin 2015. «Les leaders du marché en non-vie sont Saham, Allianz, Nsia, Axa, Sunu et Atlantique Assurances. Ils ont accès aux grands comptes internationaux notamment les grands programmes, les fronting et les acceptations des autres sociétés de leur groupe», disait Johnson Boa, le président de l’Association des sociétés d’assurance de Côte d’Ivoire (ASA-CI), dans une interview accordée à Financial Afrik. Hormis ces grandes sociétés bien connues des Ivoiriens, d’autres d’acteurs sont à pied d’œuvre dans ce secteur…

Le rôle des agents généraux et courtiers en assurance (inter)

Ils sont très actifs sur le marché et occupent une place remarquable dans le paysage ivoirien de l’assurance. La première catégorie d’intermédiaires fonctionne comme des franchises, représentations ou extensions des compagnies d’assurance. Ce sont des bureaux indirects, des partenaires d’affaires avec lesquels les assureurs s’accordent sur différents points pour revendre leurs produits et services. L’agent général ne travaille alors que pour une seule maison d’assurance. À la différence du deuxième intermédiaire, le courtier en assurance qui, lui, est plus libre dans ses actions. Il ne dépend pas d’une seule compagnie. C’est le revendeur ou détaillant de produits d’assurance et de plusieurs sociétés. Et cela à sa discrétion.

Les deux plus grands courtiers de la place sont Ascoma et Gras Savoye, deux sociétés françaises installées avant les indépendances. Si beaucoup de personnes les identifient à des compagnies d’assurance, ce sont bien des courtiers qui interviennent exclusivement dans l’assurance-santé. Il existe une Association nationale des courtiers d’assurance et de réassurance de Côte d’Ivoire (Anar-CI) qui s’est offert un nouveau son siège au Plateau. «La Côte d’Ivoire étant un grand leader du marché, nous devons avoir une association forte pour que les autres puissent nous prendre en exemple», avait déclaré Kanté Mohammed, son président, lors de la cérémonie solennelle d’ouverture, le 20 octobre  2015.

Ce qui fait la force des courtiers, c’est qu’ils ont la possibilité de faire des comparaisons. «Lorsque le courtier reçoit un client, il a la latitude de lui proposer différentes prestations. Par exemple, lui suggérer de souscrire à une police d’assurance-automobile chez une compagnie, assurer son habitation dans une autre société, et choisir son assurance-vie avec un troisième acteur du marché. Ce que l’agent général ne peut pas faire ! Le courtier a cette liberté et est toujours orienté vers la sauvegarde des intérêts du client qui le mandate et le rémunère», nous explique une courtière basée à Marcory.

Le courtier attire aussi l’attention de son client sur des éléments particuliers. «Par exemple, une assurance tous risques d’un véhicule neuf n’est plus rentable après les trois à cinq premières années. Le courtier réalise toutes les études, recherches et comparatifs de primes et les avantages, toujours au profit  du client», précise notre courtière. On parle aussi de courtage en réassurance et ces professionnels font le même travail que les courtiers en assurance. À la différence qu’il s’agit de la classe au-dessus des assureurs.

L’importance des réassureurs dans le paiement des sinistres (inter)

Les souscripteurs des polices d’assurance ne les connaissant pas la plupart du temps, mais ils jouent un grand rôle. Lorsqu’un sinistre survient, c’est là que le réassureur entre pleinement en jeu. L’assureur et son réassureur se partagent alors les dommages à couvrir selon la responsabilité prise de part et d’autre. Le processus est basé sur les taux de partage des primes payées par l’assuré. Si l’assureur conserve 70% des primes et rétrocède 30% à son réassureur, le paiement des sinistres se fait en général dans les mêmes proportions. Et les retards très souvent accusés dans les paiements des sinistres sont dus, en partie, à ce fait. Quand le réassureur est prêt, l’assureur peut ne pas l’être. Et vice-versa !

Leur rôle est de prendre le relais lorsque les capacités des assureurs ne sont pas suffisantes. C’est dire que l’assureur n’a pas toujours besoin de réassureur s’il pense pouvoir contenir tout seul son risque. Lorsqu’il le fait, un traité de réassurance est signé. Il y a aussi engagements hors du traité, pas courants ou exceptionnels, qui font l’objet de conventions très précises situant les responsabilités des uns et des autres. Et le paiement des sinistres se fait en fonction de toutes ces clauses préétablies.

L’assuré peut demander à connaître son réassureur lors de la signature d’un contrat. «Cela est même recommandé. Et le client peut faire ses propres vérifications. Ce qui réconforte d’ailleurs l’assureur-vie dans sa crédibilité», explique le directeur général d’une société d’assurance-vie basée au Plateau à Abidjan. Mais dans les faits, très peu d’assurés se préoccupent de connaître leur réassureur.

Et la chaîne va plus loin. Le réassureur essaye à son tour de disperser les risques sur l’échiquier international avec des rétrocessionnaires. Le monde de l’assurance va presque à l’infini et un risque pris à Abidjan peut facilement se retrouver quelque part à Washington, Tokyo ou Paris. En fonction de la localisation du réassureur et de ses rétrocessionnaires.

Le dispositif de l’assurance est étroitement lié au circuit bancaire. Le deal est que l’argent capté par les assureurs, surtout ceux du secteur vie – qui mobilisent des fonds sur du moyen et long terme, six ans au minimum, jusqu’à dix ans et plus –, sont injectés en grande partie dans les banques. Les assureurs vie collectent les primes et en placent une partie au sein des banques, qui elles, font des prêts aux entreprises et populations à court et moyen terme. Avec les taux d’intérêts des banquiers, ils sont censés rentabiliser ces fonds et les remettre aux assureurs au bon moment pour payer leurs souscripteurs. «Mais cette jonction entre banque et assurance ne semble pas encore bien établie en Côte d’Ivoire», explique un banquier de la place.

Les assureurs ont d’autres circuits pour faire fructifier leurs ressources, notamment l’immobilier, les actions et obligations en Bourse, les placements en emprunts obligataires, les bons du Trésor, etc.Tout cela fait que les assureurs engrangent beaucoup d’argent. «Ce que les gens ne savent peut-être pas, c’est que le secteur de l’assurance est l’un des plus réglementés au monde. Ce qui fait que l’assureur ne peut pas faire ce qu’il veut avec l’agent collecté», nous dit Y. K, un expert du domaine.

Le secteur est régulé par la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima) qui s’occupe de toutes les compagnies d’assurances de la zone franc en Afrique occidentale et centrale. Le siège est basé à Yaoundé au Cameroun. Depuis la signature le 10 juillet 1992 du traité instituant une organisation intégrée de l’industrie des assurances dans les Etats africains membres de la Zone Franc et portant création de la Cima, le champ d’intervention de l’organisation – qui a remplacé la Cica (Conférence internationale des contrôles d’assurances) – s’est considérablement renforcé. Depuis lors, toutes les compagnies d’assurances sont soumises à de fortes pressions pour respecter les normes éditées par ce régulateur du marché de l’assurance. Ce sont les contrôles périodiques, les mises en garde, les suspensions et radiations que  bon nombre de compagnies d’ici et d’ailleurs subissent…

Dans la pratique, les compagnies d’assurance sont tenues de faire elles-mêmes les calculs sur leurs ratios avant que les spécialistes de la Cima n’arrivent. Ces indicateurs sont connus, à savoir les engagements réglementés et les actifs. Une science qui n’est pas un secret pour l’assureur ! Mais les spécialistes de la Cima assurent des contrôles comme les agents du fisc le font après les déclarations d’impôts des entreprises. Lorsqu’il y a des manquements, ces contrôleurs exigent que l’assureur fasse au plus vite les recouvrements nécessaires pour combler les déficits.

Ces spécialistes maintiennent un contact permanent avec la compagnie d’assurance qui est obligée de réaliser les ajustements nécessaires. Et ce, jusqu’à ce que la Commission de contrôle de la Cima accepte que la compagnie d’assurance soit à 100% de la représentativité de ses engagements réglementés. La commission de contrôle veut amener toutes les compagnies qui opèrent sur le territoire  de la Cima à être en règle et à l’équilibre sur le plan financier. Sinon les sanctions tombent… Les comptes de toutes les compagnies d’assurances doivent d’ailleurs être transmis trimestriellement au siège de la Cima, à Yaoundé. Une situation qui stresse pas mal d’assureurs locaux mais cela est pour une bonne cause. Celle de permettre aux compagnies d’assurances de se développer au bénéfice des souscripteurs qui ne comprennent pas grand-chose au secteur de l’assurance. Un système qui reste tout de même assez complexe…

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