Couverture maladie universelle : l’assurance se fait attendre…

03 Après l’Assurance-maladie universelle (AMU) préconisée par le régime Gbagbo, c’est aujourd’hui le projet de Couverture maladie universelle (CMU) voulu par Alassane Ouattara qui suscite des interrogations. Le point sur cette promesse très attendue.

De l’Assurance-maladie universelle à la Couverture maladie universelle, un dénominateur commun : les pouvoirs publics ivoiriens sous Gbagbo et Ouattara affichent (ont affiché) de bonnes intentions vis-à-vis des habitants de la Côte d’Ivoire. À savoir promouvoir «une solidarité entre riches et pauvres, entre vieux et jeunes, entre travailleurs et sans emploi, entre citadins et ruraux, entre bien portants et moins bien portants». Pour que cela fonctionne, des experts de l’OMS sont formels : «Il faut respecter quelques principes. Notamment l’universalité (prise en compte de l’ensemble de la population), la responsabilité générale de l’Etat, l’équité, la gestion participative et l’efficience.» En effet, le «devoir de solidarité, de partage, de redistribution des ressources nationales» devrait permettre d’offrir aux plus démunis la possibilité de bénéficier de l’assurance-maladie. Mais son opérationnalisation en Côte d’Ivoire a buté sur des obstacles. Aux dires de l’ex-ministre Ohouochi Clotilde Yapi, «l’AMU [était] encore au stade de projet. Ce sont les études de faisabilité qui ont été menées. Compte tenu de la situation de guerre, on n’a pas pu la mettre en œuvre. Mais nous disons que les objectifs de l’AMU consist[ai]ent à réduire les disparités régionales.»

 

Un objectif de solidarité nationale (inter)

Sur les cendres de l’AMU, un projet presque similaire a été proposé aux citoyens ivoiriens par le pouvoir Ouattara. Il a été in fine adopté le jeudi 11 décembre 2013 en Conseil des ministres, instituant la CMU «à compter du 1er janvier 2015». Mieux, un atelier de consensus a eu lieu, avec pour objectif de définir de façon consensuelle le panier des prestations dans le cadre de la CMU, pour chaque type d’établissement sanitaire, aux différents niveaux de la pyramide, ainsi que les orientations sur les outils de gestion des prestations.
La CMU (instituée par la loi n°2014-131 du 24 mars 2014) est gérée par l’Institution de prévoyance sociale (IPS), dénommée Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam), créée par le décret n° 2014-395 du 25 juin 2014 et régie par les dispositions de la loi n° 99-476 du 2 août 1999. Pourquoi avoir initié la CMU, ce système obligatoire de couverture du risque maladie au profit de l’ensemble des populations résidant en Côte d’Ivoire, qu’elles soient ivoiriennes ou non ? Explication du ministre Dosso Moussa: «La décision du président de la République est fondée sur le fait qu’en Côte d’Ivoire, environ 95% de nos populations ne bénéficient pas d’un système de protection du risque financier lié à la maladie. Il s’agit donc de mettre en place une politique de solidarité à l’effet d’assurer une plus grande accessibilité des populations aux services de santé.»

 

L’intention d’assurer l’ensemble de la population (inter)

Prévu pour le 1er janvier 2015, après deux reports successifs (1er janvier 2013 et 1er janvier 2014), le processus d’enrôlement des bénéficiaires de cette couverture santé a finalement été lancé le 30 décembre 2014 par l’enrôlement du président de la République lui-même. Ce processus s’est poursuivi à travers une centaine de sites d’enrôlement fixes déployés dans les communes du district d’Abidjan et dans tous les chefs-lieux de région de Côte d’Ivoire. Expliquant le bien-fondé de la CMU, Karim Bamba, directeur général de la Cnam, a indiqué que son caractère obligatoire en fait l’assurance de base de toute la population sans pour autant limiter la possibilité de contracter d’autres assurances complémentaires. Basée sur un régime contributif fondé sur une cotisation de 1.000 FCFA par mois par personne à partir de 5 ans, et un régime non contributif pour les indigents, la CMU, aux dires du DG de la Cnam, sera mise en œuvre progressivement en ciblant dans un premier temps les travailleurs du secteur formel public et du secteur privé gérés par la CNPS, ainsi que les producteurs des filières hévéa et palmiers à huile. Les bénéficiaires de la CMU seront amenés à payer 20 à 30% des coûts des soins qui vont de la consultation aux hospitalisations, en passant par les radios, soins infirmiers et autres examens médicaux.

Les prélèvements dans le cadre de la Couverture maladie universelle sur les comptes des fonctionnaires et agents de l’Etat sont prévus en remplacement de ceux de la Mutuelle générale des fonctionnaires et agents de l’Etat de Côte d’Ivoire (Mugef-CI), avait fait savoir, mercredi 7 janvier 2015, à Agboville, le préfet de région Bako Privat. Ces propos ont été confirmés par la directrice régionale des Affaires sociales de l’Agnéby-Tiassa, structure de tutelle de la CMU, Madame Bony Isabelle, qui avait affirmé que la nouvelle assurance entrerait en vigueur en 2016, avec les fonctionnaires dans un premier temps. «La CMU étant un produit nouveau qui peut comporter des difficultés en chemin, il faut donc commencer par un groupe bien identifié et maîtrisé, le temps d’intégrer les autres corps à partir de 2016», avait poursuivi la directrice régionale.

 

Une bien longue attente (inter)

Seulement voilà ! Face à cette phase opérationnelle du processus qui semble s’enliser, les Ivoiriens sont frappés de doute, eux qui observent, sans trop y croire, aux annonces de ce genre : «Se tiendra, du jeudi 16 au vendredi 17 février 2017 à partir de 8 heures au siège de la Cnam, un atelier d’évaluation annuelle des activités des directeurs régionaux de la protection sociale sur la Couverture maladie universelle»… Ou encore : «Le Premier ministre procédera ce vendredi 23 décembre 2016 à l’inauguration du Centre des personnalisations des cartes des assurés de la CMU.» Quant à Dosso Moussa, ex-ministre de l’Emploi et de la Protection sociale, il annonçait le démarrage en janvier 2017 de la phase expérimentale de la CMU avec les étudiants de Côte d’Ivoire. Puis en avril, c’était au tour du Premier ministre (lire encadré).

Après l’AMU, la CMU serait-elle la bête noire des pouvoirs publics ivoiriens ? Sa mise en œuvre coince, et les populations qui avaient placé beaucoup d’espoir en elle commencent à douter de sa faisabilité sous les tropiques.

Après le lancement officiellement de la production des cartes des assurés de la CMU le 23 décembre 2016 par l’ex-Premier ministre Daniel K. Duncan, la Couverture maladie universelle (CMU) semble vraiment entrer dans sa phase expérimentale. Celle-ci a été lancée en avril dernier à l’université Nangui-Abrogoua par le nouveau Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly. «Cette phase expérimentale, qui démarre aujourd’hui, constitue une avancée », a-t-il souligné. Pendant six mois, 150.000 étudiants concernés par cette phase expérimentale bénéficieront du panier de soins et de médicaments de la CMU. La contrepartie financière, estimée à 900 millions FCFA, sera assurée par l’Etat à travers la Caisse nationale de l’assurance-maladie (Cnam), précisait Jean-Claude Kouassi, ministre de l’Emploi et de la Protection sociale. À ce jour, plus de 1,4 million de personnes ont été pré-enrôlées pour la CMU, tandis que 725.603 personnes ont totalement achevé leur enrôlement.

JC ACKE

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