Amadou Gon Coulibaly conteste le rapport de la Banque mondiale

Le sixième rapport de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire, intitulé «Aux portes du paradis : comment la Côte d’Ivoire peut rattraper son retard technologique ?», n’est pas du goût des autorités sur de nombreux aspects.

Si elle veut intégrer le cercle des pays émergents, souligne le rapport publié le 8 février dernier, la Côte d’Ivoire doit prendre des mesures urgentes pour moderniser son économie, rattraper son retard technologique, encourager davantage la participation du secteur privé, et améliorer la gestion de ses finances publiques, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Interrogé sur les capacités du pays à relever le défi d’ici 2020 au regard des observations et recommandations faites dans le rapport, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a déclaré le 14 février 2018, lors de sa conférence-bilan, qu’il n’y a pas de raison de changer de cap. Surtout que l’exécution du Plan national de développement (PND 2016-2020) suit son cours normal, après que le PND 2012-2015, entièrement réalisé, a permis de doter le pays d’infrastructures diverses.

Taux de pauvreté, démographie et migration

Le Premier ministre a nettement marqué sa désapprobation des conclusions du rapport, estimant que les statiques ayant servi de base à leur analyse dans plusieurs domaines sont dépassées : «Nous ne sommes pas d’accord avec tous les éléments qui y sont contenus. Ce rapport fera l’objet d’un examen par les différents ministères concernés et nous ferons connaître à la Banque mondiale notre opinion sur le rapport produit», a soutenu le chef du gouvernement, qui apprécie néanmoins que la Côte d’Ivoire soit citée parmi les pays qui ont des prédispositions pour atteindre l’émergence à court terme.
Selon le rapport de la Banque mondiale, les dernières statistiques font état d’un taux de 45% de pauvreté en Côte d’Ivoire en 2017, contre 46% en 2016. Un taux que le chef du gouvernement juge excessif, même s’il justifie le niveau élevé de la pauvreté par la forte pression démographique en Côte d’Ivoire, du fait de la croissance économique qui attire les peuples des pays environnants. «Le taux était de 46% lors de la dernière enquête sur le niveau des ménages – qui date de trois ans – après un taux de pauvreté qui était de 51%. Nous sommes convaincus que malgré cet afflux des pays voisins, le taux a baissé», a indiqué Amadou Gon. Cette année 2018, pour avoir des bases qui sont comparables au niveau de tous les États, une enquête sur les ménages sera lancée au niveau de l’Uemoa et cela permettra de faire des comparaisons. Cette enquête devrait confirmer, selon lui, la baisse considérable du taux de pauvreté en Côte d’Ivoire, loin du taux de 45% avancé par la Banque mondiale.

Une stratégie fondée sur trois axes complémentaires

Par ailleurs, ce rapport sur la situation économique en Côte d’Ivoire analyse les développements récents de l’économie ivoirienne ainsi que ses perspectives pour le court et moyen termes. Aussi la Banque mondiale fait-elle des recommandations devant permettre au pays de rattraper son retard technologique et de retrouver une trajectoire de forte croissance. Le rapport conseille une stratégie bâtie autour de trois axes : l’ouverture de l’économie ivoirienne afin d’attirer des investisseurs étrangers et de bénéficier ainsi de transferts technologiques et de compétences ; le renforcement des compétences locales afin d’être en mesure d’assimiler, adapter et exploiter efficacement de nouveaux outils technologiques et la réduction le prix des transports en améliorant les performances des ports ivoiriens (et des liaisons connexes), mais aussi celui des communications virtuelles en abaissant les coûts associés à l’usage des services de téléphonie mobile et internet.
Selon Pierre Laporte, le directeur des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, l’expérience des pays est-asiatiques et de certains pays africains montre en effet que l’émergence économique repose avant tout sur la technologie. Cette stratégie «qui aidera les entreprises ivoiriennes à être plus compétitives et à créer des emplois productifs pour une main-d’œuvre en expansion rapide viendra soutenir les excellents résultats obtenus par le pays ces dernières années.» Une moyenne de 9% de croissance du PIB de 2012 à 2016, puis 7,6% en 2017, et des projections à 7% en 2018 et 2019 sont relevés pour l’économie ivoirienne qui continue d’être l’une des plus dynamiques d’Afrique.

L’objectif d’émergence en 2020 maintenu

Le Premier ministre Amadou Gon a reconnu que la croissance du PIB de la Côte d’Ivoire en 2017 est estimée, de concert avec le FMI, à 7,6%. Mais le déficit budgétaire est évalué à 4,3%, alors que l’objectif fixé lors des discussions avec le Fonds était de 4,5% en 2017, de 3,75% en 2018, pour converger à 3% en 2019. «Nous faisons mieux que ce qui a été convenu avec le FMI ; cela permet de renforcer la crédibilité de la gestion économique du pays au niveau international», explique-t-il. C’est l’ambition de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent, soutient-il, qui conduit le gouvernement à rechercher sur les marchés financiers des fonds pour la réalisation de projets structurants de développement. «Nous observons comment se portent les taux sur le marché international, comparé à notre marché sous-régional ; ceci pour optimiser l’endettement de notre pays, pour que notre dette soit supportable par nos finances publiques.» Le Premier ministremartèle martèle également que la crédibilité de la Côte d’Ivoire lui permet d’aller régulièrement sur le marché international où tous les grands au monde vont chaque année. Sur les 1.310 milliards FCFA à mobiliser en 2018 sur les marchés des capitaux, 310 milliards FCFA seront recherchés sur le marché sous-régional et 1.000 milliards FCFA sur le marché international, à travers un eurobond en euros et une émission internationale FCFA, qui sera une grande première dans la sous-région Uemoa.

La question de l’endettement de la Côte d’Ivoire

Le chef du gouvernement a tenu à rassurer les Ivoiriens sur la bonne gestion de l’endettement du pays. Les chiffres provisoires de l’endettement de la Côte d’Ivoire ressortent à 42,8% du PIB en 2017 en dépit des chocs que l’économie ivoirienne a subis, contre 42,1% en 2016. Un taux loin de la norme communautaire Uemoa, qui est de 70%, et fort appréciable comparé à ceux du Sénégal (57,4%), du Kenya (54,4%) et du Ghana (72,4%). «Nous avons une marge. On est à 42,8% de taux d’endettement malgré les chocs que nous avons connus avec la chute des cours du cacao. Nous nous donnons toujours cette marge pour que même avec des situations de choc économique, nous puissions demeurer dans la limite des 70%, la norme communautaire», a souligné Amadou Gon Coulibaly. Il a aussi déclaré que le niveau des ressources intérieures – qui s’élevait à 3.227,8 milliards FCFA en 2017 – était suffisant pour couvrir les dépenses salariales, de fonctionnement et d’investissement, notamment les salaires dont le montant a été estimé à 1.512 milliards FCFA en 2017.

Emmanuel Akani

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