De la difficulté d’être entrepreneur en Côte d’Ivoire

La question de l’environnement des affaires renvoie à la notion d’attractivité du pays envers les investisseurs étrangers. Mais elle questionne aussi sur le quotidien des entrepreneurs qui doivent faire face à différents tracas. En voici quelques exemples.

«L’environnement des affaires en Côte d’Ivoire est devenu très difficile, voire insupportable. Les entreprises souffrent non seulement des tensions au niveau de leur trésorerie, mais aussi de la pression fiscale et de la montée en puissance de l’activité informelle qui constitue une concurrence déloyale vis-à-vis d’entreprises qui, elles, payent droits et taxes à l’Etat.» Ces propos qui émanent d’un patron d’une entreprise de manutention basée à Abidjan illustrent bien les doléances des opérateurs du secteur privé ivoirien. L’activité informelle ne cesse de prendre de l’ampleur en Côte d’Ivoire et la nouvelle mouture de l’Impôt minimum forfaire (IMF) n’est pas faite pour les rassurer. Un rapport du Fonds monétaire international (FMI) publié le 11 juillet 2017 précise d’ailleurs que «le marché informel en Côte d’Ivoire représente entre 30 et 40% du produit intérieur brut (PIB) du pays». Plusieurs facteurs entraînent le développement du secteur informel : les charges fiscales élevées, un système judiciaire inefficace, une bureaucratie excessive, le manque de transparence et la difficulté d’accès au crédit, ainsi que la faible capacité de répression du gouvernement à l’endroit de l’informel.
C’est le cas par exemple de l’industrie ivoirienne du ciment qui continue d’accroître sa capacité de production pour répondre à une forte demande au niveau national, et qui ne décolère pas contre les entrées massives de ciment importé – parfois frauduleusement – sur le marché ivoirien. Khalid Iben Khayat, président de l’Association des producteurs de ciment de Côte d’Ivoire (APCCI), indiquait qu’à mi-2016, la capacité de production nationale des cimentiers était estimée à 4,19 millions de tonnes pour une consommation nationale de 3,42 millions de tonnes. Khalid Iben Khayat avait par ailleurs proposé de porter la valeur Caf (Coût assurance frêt) minimale du ciment à 65.000 francs CFA par tonne métrique pour le ciment classe 42.5 et la mise en place d’un dispositif de contrôle de la qualité en conformité aux normes ivoiriennes. «Aujourd’hui on rencontre sur le marché local une diversité de ciments venus d’horizons divers sans aucun contrôle de qualité à leur entrée sur le marché national. Aussi, les coûts d’importation minorés par certains importateurs créent une situation de dumping sur le marché local», avait déploré le président de cette association qui regroupe les quatre industriels locaux que sont SCA, Socimat, Cimaf et Socim. Une situation qui constitue une réelle menace sur les emplois de 2.000 travailleurs du secteur. Rappelons en 2015 l’Etat avait autorisé les entreprises productrices à importer 300.000 tonnes de ciment, ce qui avait permis de mettre fin aux spéculations du marché et de stabiliser les prix. Malheureusement, cette passerelle a prorogé cette logique d’importations.

Les maux de l’activité portuaire

Les chargeurs du Burkina Faso, du Mali et du Niger, qui sont de grands utilisateurs des ports d’Abidjan et de San Pedro, ne ratent pas une occasion pour dénoncer le manque de transparence sur les plateformes portuaires autour de la structure des tarifs/coûts directs liés aux séjours des navires et au passage des marchandises. Autres doléances, le renchérissement des coûts indirects de passage portuaire lies à un défaut d’anticipation des procédures administratives, la prolifération d’intermédiaires non agrées et l’inadaptation des procédures existantes aux réalités dynamiques du monde portuaire, ainsi qu’une absence de cadences minimales d’enlèvement ou de sortie imposés aux différents réceptionnaires des marchandises. Les opérateurs économiques sont aussi confrontés aux tracasseries routières sur le corridor nord-sud ivoirien, au coût élevé des passages et à l’absence d’aires de stationnement adéquates. Ces préoccupations ont d’ailleurs été exposées dans le cadre du séminaire ayant pour thème «Les ports ivoiriens face aux défis de la compétitivité» qui tenu à Grand-Bassam à la mi-décembre 2017. À cette occasion, plusieurs problèmes majeurs ont effectivement été relevés dont «l’inexistence de références tarifaires au niveau des structures agréées de l’État, créant une anarchie dans la tarification des services de transport terrestre de marchandises, l’existence des rackets, des faux frais et des actes de corruption du fait des tracasseries routières sur l’ensembles des corridors ivoiriens. À titre d’illustration, en moyenne, les faux frais s’élèvent à 150.000 FCFA pour tout mon trajet», nous indique Togola Daba, un opérateur économique malien et grand utilisateur du port d’Abidjan.

Des surcoûts à déplorer

S’agissant particulièrement du port d’Abidjan, l’engorgement du périmètre portuaire entraîne depuis quelques mois des surcoûts chez certains opérateurs, notamment les industriels du ciment basés à Abidjan. Les surestaries se chiffrent à plusieurs millions de francs CFA par jour. Mais qu’en est-il de la disponibilité des aires de stationnement et des parkings dans les ports ivoiriens, notamment dans le périmètre portuaire ? Les chargeurs disent faire face à un manque de parking plus spacieux. «Ils ont chassé tout le monde du périmètre portuaire. L’Office ivoirien des chargeurs fait certes des efforts en mettant à notre disposition un parking de 120 camions. Mais cela ne va pas fondamentalement résoudre le problème, en dépit de la construction du parking qui est en cours derrière la gendarmerie du port. Celui-ci ne pourra recevoir que 200 véhicules. Il faut donc songer à en construire un avec une grande capacité d’accueil», nous indique K. Kangouté, conducteur routier.
Il faut également ajouter les contraintes douanières et le coût de passage exorbitant dans les ports ivoiriens, qui plombe la compétitivité de la destination Côte d’Ivoire. «Pour sortir un conteneur du port d’Abidjan par exemple, il faut payer parfois trois plus cher qu’aux ports de Lomé ou de Tema. Par conséquent, certains opérateurs du Niger, du Mali ou du Burkina Faso préfèrent aller à Tema.» Dans le cadre du séminaire de Grand-Bassam, il a été recommandé aux autorités portuaires ivoiriennes «de valider, contrôler et réguler l’ensemble des tarifs pratiqués par les opérateurs afin de garantir la compétitivité de nos ports. Ils ont par ailleurs le mandat de sanctionner tout opérateur dont les pratiques ont pour nature de grever le coût de passage portuaire conformément aux dits statuts».
Entre autres recommandations dudit séminaire, notons aussi la diffusion par tous les moyens de communication de tous les barèmes tarifaires en vigueur après accord des autorités portuaires et d’appliquer effectivement le décret n°2016-296 du 11 mai 2016 et l’arrêté interministériel n°0005 du 30 décembre 2016 portant réglementation des certificats et autorisations dans le cadre du commerce extérieur. À ces recommandations, ajoutons la mise en place d’un véhicule unique de perception de l’ensemble des prélèvements des administrations publiques. Les participants à ladite rencontre de Grand-Bassam ont aussi suggéré aux autorités portuaires ivoiriennes de diligenter une étude benchmarking sur la Côte ouest-africaine de la structure des coûts liés au navire et au passage de la marchandise afin de situer les responsabilités dans le renchérissement du coût de passage portuaire, et définir les actions qui en découlent. En attendant, il convient de rappeler que le trafic de marchandises au port d’Abidjan pour l’année 2017 a enregistré une légère hausse de 1,5%, passant de 21,9 millions de marchandises en 2016 à un peu plus de 22 millions de tonnes.
En ce qui concerne le règlement des litiges entre partenaires en affaires, la création du Tribunal du commerce d’Abidjan a permis que ceux-ci se dénouent plus rapidement, avec la possibilité d’avoir très rapidement en ligne une copie du jugement rendu. Sur la période du 1er octobre 2012 au 30 avril 2013, le Tribunal du commerce d’Abidjan a rendu 1.260 décisions concernant les ordonnances sur requêtes, 238 en référés, 191 jugements et 2 en procédures collectives. Ce travail est réalisé par 9 juges professionnels accompagnés des 50 juges consulaires et assistés de 16 greffiers, 9 administrateurs et 9 techniciens.

Stéphane d’Avignon

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