Date: 31/07/2014 RSS Côte d’Ivoire-ECONOMIE, le périodique des dirigeants et leaders d’opinion.
.com

Interdiction d’exportation des grumes : Les nouveaux leaders du bois gabonais

21/09/2010

Après de houleux débats sur les modalités de son application, l’interdiction ferme d’exportation des grumes au Gabon est effective depuis le 15 mai dernier. Cette mesure draconienne, que beaucoup ont jugée brutale, va inévitablement reconfigurer le secteur du bois au Gabon, qui génère près de 6% du PIB national hors pétrole.

En attendant que l’interdiction d’exportation des grumes créée une plus-value substantielle pour les travailleurs du bois au Gabon, l’heure est aux dommages collatéraux. Fermeture d’usines, licenciements massifs, chômage technique, autant de contrecoups prévisibles dans un pays qui ne transforme que 25% à 35% de sa production de grumes. « L’arrêt de l’exportation des grumes est une amputation de notre chiffre d’affaires de l’ordre de 40 à 70% », explique Franck Chambrier, gérant de la société Industrie bois négoce Gabon (INBG). « On ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs ! », avait alors imagé le ministre des Eaux et Forêts, Martin Mabala. « Nous avons au Gabon une capacité installée de l’ordre de 2,3 millions de mètres cubes de bois. Mais le bois qui entre en usine aujourd’hui n’est que d’un million de mètres cubes. Donc il y a un fossé », explique ainsi Mabala, qui estime qu’avec les installations actuelles, le pays pourrait sans difficulté transformer 500 000 mètres cubes de bois supplémentaires.

La décision met donc tous les opérateurs du bois gabonais au pied du mur de l’industrialisation. Les poids lourds du secteur devront investir massivement et supporter le choc pendant que le package de mesures d’accompagnement doit permettre aux petits exploitants gabonais de ne pas sombrer. Mais dans la pratique, la plupart de ces derniers ne disposent des marges suffisantes pour absorber les contrecoups de la crise.

 

Les petits exploitants gabonais dans la tourmente

Qu’ils soient les bons ou les mauvais élèves de l’industrialisation, les petits exploitants forestiers subissent de plein fouet les dommages collatéraux. Les bons élèves, ceux qui œuvraient déjà à bon train pour parvenir à 75% de transformation locale d’ici 2012, devraient toutefois bénéficier d’une bouée non négligeable grâce au fonds de soutien de 20 milliards de francs CFA créé par le gouvernement, réservé aux entreprises disposant d’un plan d’industrialisation agréé.

De plus, les opérateurs qui relèveront le défi de l’industrialisation devront absolument fabriquer des produits qui répondent aux normes internationales. Et dans le cadre des mécanismes concertés de lutte contre le réchauffement climatique, la certification d’une gestion durable des forêts sera également de mise. Or, tant en termes d’industrialisation que d’environnement, certains poids lourds du secteur bénéficient d’atouts indéniables pour se tailler la part du lion dans cette redistribution des parts du marché.

 

Rougier rebondit sur la crise

Le cas de Rougier au Gabon est probant. Le géant français du bois affirme pouvoir d’ores et déjà transformer sur place 65% de sa production de grumes, soit plus de deux fois la capacité moyenne de transformation locale au Gabon. « Nous disposons d’une usine de fabrication de contreplaqué et deux de sciage. Nous comptons ouvrir comme c’est déjà prévu une quatrième usine en 2011 », expliquait le 5 mai dernier au journal L’Expansion Francis Rougier, le président du directoire de la firme (1).

Quand à la question des bois dits riches ou de promotion, qui n’étaient encore exportés que sous forme de grume, « dans l’immédiat, soit nous allons les vendre localement, soit nous allons devoir diminuer la production forestière », poursuit Francis Rougier. Le groupe aurait besoin d’un délai d’un an pour construire une usine de sciage spécialisée dans ces bois durs. Des négociations ont été entamées avec les autorités pour avoir l’autorisation de sortir pendant cette période une certaine quantité de ces bois sous forme de grumes.

Mais sur le plan de la gestion durable des forêts, Rougier ne rougit pas. « Nous avons une arme que tout le monde ne possède pas au Gabon, le fameux bois certifié FSC. Les industriels locaux préfèrent dérouler ces bois en particulier l’Okoumé. Cela nous évite de nous retrouver avec des grumes invendues », explique-t-il.

L’obtention de cette certification ne sera pas aisée pour tous les opérateurs du secteur. La liste des critères à remplir est très longue et touche aussi bien les aspects environnementaux que sociaux et la mise aux normes coûte très cher. « Construire un village dans les normes FSC, c’est autre chose que des cahutes en bois du siècle dernier », rappelle Rougier, qui souligne : « Il faut stocker les déchets, les trier et les traiter, en particulier les déchets dangereux. C’est un changement d’époque. » Au Gabon, Rougier  a déjà certifié près de 700 000 hectares de forêts. 

(1) http://www.lexpansion.com/afrique/des-forestiers-en-mode-durable-sous-la-pression_231649.html

Jean de Dieu Zok Endong

Le bois gabonais à la loupe

- Les acheteurs du bois du Gabon

En 2007 le Gabon a exporté 1 938 077 m3 de grumes toutes essences confondues, dont 56,9% vers la Chine, 14,3% vers la France, 9,1% vers l’Inde et 7% vers le Maroc. Par région, l’Asie absorbe 71,1% du marché, l’Europe 21,7% et l’Afrique 7,3%.

- La transformation du bois

Il existe trois niveaux dans la transformation du bois :

Niveau 1 : le sciage (lattes, planches et chevrons), le tranchage et le déroulage (contreplaqués).

Niveau 2 : fabrication de produits standard simples (moulures, profilés rabotés).

Niveau 3 : fabrication de produits finis tels que les meubles.

- Les différents permis forestiers

- Le Permis de gré à gré (PGG) : pour les seuls nationaux à des fins de transformation locale (soit un maximum de 50 pieds d’arbres).

- Le Permis forestier associé (PFA) : pour les seuls nationaux (maximum de 15 000 ha).

- La Concession forestière sous aménagement durable (CFAD) : elle implique des obligations d’aménagement et de transformation locale (de 50 000 à 200 000 ha).

Top 10 des compagnies forestières

Rang

Désignation

Superficie exploitée

Origine des capitaux

Contacts

1

Rimbunan Hijau

940 000 ha

Malaisie

Responsable ventes et marketing  au Gabon : Mr. Raymond Ting :

rhgabon@yahoo.com/www.rhgabon.com

2

Rougier Gabon

880 000 ha

France

www.rougier.fr/gabon.html

3

Sunly Gabon

740 000 ha

Chine

Libreville

+241 77-42-83

www.cofco.com

4

CBG (Compagnie des bois du Gabon)

610 000 ha

France

 

http://cbgpog.com/cbg-presentation.html

+00241 55-39-83

contact@cbgpog.com

5

Cora Wood

595 000 ha

Italie

Mr. Sabeh Safouan (Port-Gentil)

+241 56-59-20

saf@corawood.com

6

CEB (Compagnie équatoriale des bois)

585 000 ha

France/Suisse

Libreville, Batterie IV

+241 73-45-79

 

7

Leroy

550 000 ha

Portugal

Mr. Jorge Pinto  (Libreville/Owendo)

+241 70-24-20/ +241 70-22-11

leroygabon@inet.ga

8

SEEF (Société équatoriale d’exploitation forestière)

480 000 ha

Gabon

Mr. Ricordeau Christophe

Jcrico_jab@yahoo.fr

+241 70-21-56/57

9

TBNI (Transport du bois et négoce international)

430 000 ha

Chine

 

10

HTG

410 000 ha

Chine

 

Source : Atlas forestier interactif du Gabon/2009.

Les propositions du Forum sur le secteur bois

Le Forum a proposé un plan d’action et un chronogramme pour la mise en pratique d’une série de mesures. Au titre des actions à réaliser immédiatement, on retiendra la révision de la loi 016/01 du 31 décembre 2001 portant sur le Code forestier en République gabonaise ; le dépôt par tous les opérateurs économiques de leur plan d’aménagement et d’industrialisation ; le retrait des permis aux opérateurs en situation irrégulière ; l’obligation pour les opérateurs de transformer 60% de la production de grumes en 2010, 75% en 2011 et 80% en 2012 « avec un plafonnement des exportations des grumes à un volume brut : 1,2 million de m3 en 2010, 1 million de m3 en 2011 et 800 000 m3 en 2012 » ; la mise en place de financements publics et d’aménagement fiscalo-douaniers pour favoriser l’industrialisation de la filière bois, ou encore la création d’une structure de promotion des produits forestiers à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Copyright © 2010 Cote d'Ivoire Economie .com - Conception & Réalisation Oliphant.fr