Date: 20/12/2014 RSS Côte d’Ivoire-ECONOMIE, le périodique des dirigeants et leaders d’opinion.
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Matières premières: l'hévéa, nouvel or blanc ivoirien

12/10/2011

Après avoir acquis sa renommée dans le secteur du café et du cacao, le groupe Sifca s’est recentré en 1999 dans la culture du sucre de canne, du palmier à huile et de l’hévéa. Gros plan sur un de ses emblèmes, la Société africaine de plantations d’hévéas (Saph), qui participe au rayonnement de la culture de l’hévéa en Côte d’Ivoire. Une société qui dispose d’un outil industriel performant et qui doit également ses résultats au travail de collaboration mené auprès des planteurs privés, notamment au sein des communautés villageoises.

La Côte d’Ivoire occupe aujourd’hui le septième rang mondial et le premier rang africain des producteurs d’hévéa. Une performance que le pays entend bien conforter dans un contexte de forte demande sur le plan international, et qui résulte à la fois des investissements industriels qui ont été consentis ainsi que des programmes d’incitation développés à l’endroit des planteurs indépendants. Pour ces derniers, la Société africaine de plantations d’hévéas (Saph) a toujours été un partenaire privilégié, assurant à la fois la collecte de la production et un encadrement technique qui a permis d’améliorer les performances des cultivateurs d’hévéa dans l’ensemble des bassins hévéicoles du pays.

 

De l’Asie à la Côte d’Ivoire

L’hévéaculture est apparue en Côte d’Ivoire dans les années 1950, impulsée notamment par des sociétés privées telles que la Compagnie des caoutchoucs du Pakidié, et surtout la Société africaine de plantations d’hévéa, filiale de la Société indochinoise de plantations d’hévéa, qui deviendra ensuite la Société internationale de plantations d’hévéa (Siph). En effet, la colonisation française, qui avait de longue date exploité cette culture dans les territoires qu’elle occupait alors en Indochine, cherchait de nouvelles zones d’implantation pour la culture de l’hévéa. Or les conditions agro-climatiques très favorables dont bénéficie la Côte d’Ivoire (qui faisait alors partie de l’Afrique occidentale française) permettaient d’envisager un développement prometteur de cette culture. Restait cependant à résoudre la question de l’ensemencement, et c’est donc du Vietnam que provinrent les trois millions de graines qui allaient donner naissance aux premières pépinières ivoiriennes de la Saph.

 

 

En général propriété privée, l’entreprise a des secrets légitimes, qu’elle ne peut divulguer sans se mettre en danger. Mais parce qu’elle s’adresse à un marché – qui est aussi un public, voire une audience – plus ou moins large, elle a des devoirs d’information, d’explication, voire de transparence auxquels elle ne peut pas déroger.

Notre culture africaine peut nous jouer des tours dans notre rapport à la circulation de l’information relative à l’entreprise. Nous sommes issus d’une tradition de l’initiation, de la « forêt sacrée », du mystère autour des choses importantes. De plus, notre culture politique a longtemps été marquée du sceau de la censure et l’autocensure. Du coup, on est tenté de cacher tout et n’importe quoi. C’est ainsi que certaines grandes entreprises communiquent abondamment mais se braquent ou s’inquiètent dès lors qu’un journaliste mène une démarche visant à obtenir d’elles de l’information. Elles veulent tellement maîtriser le processus qu’elles finissent par dégrader leur image médiatique.

Pourtant, aujourd’hui, « les marchés sont des conversations », selon l’expression des auteurs du Cluetrain Manifesto (1). L’image de marque se diffuse à travers un nombre d’outils de plus en plus élevé : la communication institutionnelle classique, certes, mais aussi la presse – qui n’est pas toujours là pour tendre un micro opportun au manager mais peut également prendre l’initiative de ses propres enquêtes –, les blogs voire les débats sur des réseaux sociaux très courus comme Facebook. Dans ce contexte, l’entreprise doit parler, se raconter, dévoiler… pour convaincre !

 

Communiquer pour convaincre

L’information financière est également un tabou chez nombre de nos entreprises. Plusieurs d’entre elles « tiquent » face à l’éventualité d’une entrée en Bourse parce qu’elles redoutent de devoir diffuser un certain nombre de renseignements qui sont en général cachés. Ici, le refus de la transparence se double souvent de tendances appuyées à une gouvernance approximative, prenant un peu trop de libertés avec l’orthodoxie en matière de gestion. Une chose est sûre : demain, avec le développement de notre marché financier, le potentiel d’une entreprise se mesurera aussi à sa capacité à lever des fonds parce qu’elle aura réussi à convaincre grands et petits investisseurs sur la qualité de son projet et sur la pertinence de ses perspectives. Il est au fond plus crédible de montrer ses erreurs, d’expliquer que l’on en est conscient et d’indiquer les pistes choisies pour les corriger, que de s’adonner à une communication martiale reposant sur une langue de bois à laquelle personne, de toute façon, ne croit.

Un exemple d’entreprise qui en dit assez sans en dire trop : la firme américaine Apple. Si elle garde toujours jalousement les secrets de fabrication de ses différents « appareils », elle n’en demeure pas moins une entreprise qui communique magistralement à la fois sur ses produits, sur sa stratégie et sur ses résultats financiers. Au fond, pour réussir l’examen de passage de transparence sans se fourvoyer, le manager doit se poser un certain nombre de questions simples. A qui je veux parler ? En quoi ce que je vais lui dire consolide ma stratégie globale ? Quel effet ma prise de parole aura-t-elle sur mon image de marque à court, moyen et long terme ?

(1) http://www.cluetrain.com/manifeste.html

 

Théophile Kouamouo

 

 

 

 

 

Au lendemain de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, la politique de développement de l’hévéaculture peut difficilement se passer de l’investissement public. Celui-ci va être opéré sous l’égide de la Saph, alors société mixte. Parallèlement, le tout premier projet d’introduction et de développement de l’hévéaculture en milieu villageois est réalisé en 1968 et 1969 à Anguededou, à proximité d’une plantation créée deux ans auparavant par l’Etat.
Dans la décennie suivante, les autorités du pays décident de booster la production de l’hévéa afin de diversifier les ressources liées aux cultures de rente. En 1978, avec le soutien de bailleurs de fonds comme la Banque mondiale et la Caisse française de développement (CFD), l’Etat ivoirien va passer à la vitesse supérieure en lançant un vaste programme de mise en place de plantations villageoises d’hévéa. Des programmes de plus grande envergure vont ainsi voir le jour dans le sud-est du pays, toujours sous l’égide de la Saph.
 
Des fonds publics jusqu’à la libéralisation du secteur
La promotion de l’hévéaculture va se poursuivre dans les années 1980, soutenue notamment par les bailleurs de fonds. L’hévéaculture familiale témoigne alors d’une dynamique certaine, dans un environnement institutionnel où l’Etat continue de faire figure de « père protecteur ». Pour autant, durant ces années 1980, les priorités de politique agricole de l’Etat ivoirien et du Président Houphouët-Boigny sont toujours principalement centrées sur le cacao, même si l’on note aussi à cette époque des soutiens aux « plans palmiers », dédiés à la culture à la culture de l’huile de palme.
Les années 1990 vont véritablement rebattre les cartes de l’activité hévéicole, à l’aune des politiques de libéralisation de l’économie qui vont entraîner un réel désengagement de l’Etat. La filière est alors privatisée et se reconstruit peu à peu autour de l’Association des professionnels et manufacturiers du caoutchouc naturel (Apromac) qui rassemble les agriculteurs et les usiniers, et qui fixe les prix chaque mois sur la base des cours mondiaux. Avant ce tournant du millénaire, ce sont les plantations industrielles privées qui dominent en Côte d’Ivoire et les investissements sont constants. De fait, on s’attend alors à un effondrement de la production villageoise. Pourtant, celle-ci va poursuivre son développement. Cette croissance va aller crescendo au début des années 2000, à tel point qu’en 2005 la production issue des plantations villageoises va même dépasser celle des productions industrielles. Et actuellement, sur les 300 000 tonnes de matière première issue de l’hévéa produites en Côte d’Ivoire, plus de 60% sont issues des plantations familiales.
 
Le modèle des Unités agricoles intégrées de la Saph
Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, la Société africaine de plantations d’hévéas (Saph) est le grand maître d’œuvre du secteur. Elle est l’une des filiales de la Société internationale de Plantations d’hévéas (Siph), spécialisée dans la production, l’usinage et la commercialisation de caoutchouc naturel à usage industriel. La Siph, qui est elle-même une sous-holding du groupe Sifca depuis 1999, exploite plus de quarante mille hectares d’hévéas matures et dispose d’une capacité de production de 130 000 tonnes, répartie sur quatre pays : la Côte d’Ivoire via la Saph, le Ghana (avec la filiale Grel), le Nigeria (filiale REN) et le Liberia (filiale CRC). Le latex traité par le groupe dans ces quatre pays est issu pour moitié de l’exploitation de ses propres plantations d’hévéas, l’autre moitié provenant d’achats effectués auprès de planteurs indépendants. La production est principalement réservée à l’activité pneumatique sur le marché international. A ce titre, l’entrée de la société Michelin dans le capital de la Saph en 2002, a permis de conforter les débouchés commerciaux puisque près de 75% de la production de caoutchouc naturel est utilisée par le secteur de l’industrie pneumatique. En outre, grâce à ce partenariat stratégique, le fabricant français de pneus a mis à disposition les quatre plantations d’hévéas qu’il détenait au Nigeria.
En Côte d’Ivoire, la Saph peut s’appuyer sur une organisation qui est articulée autour de cinq complexes agro-industriels (Unités agricoles intégrées) situés dans le sud du pays : Bettié, dans le département éponyme ; Bongo, dans le département d’Alepe ; Rapides-Grah, au sud-ouest, à 80 km de San Pédro ; Toupah/Ousrou, dans le département de Dabou ; et Yacoli, au sud-ouest, entre Soubré et Gagnoa. Ces Unités agricoles intégrées comprennent le plus souvent une usine (sauf à Bettié), les habitations des travailleurs salariés du groupe, les plantations de la Saph, ainsi que des infrastructures dédiées (école, centre de santé, etc.) Puis, dans un périmètre plus large, sont implantées des plantations privées appartenant aux communautés locales, qui peuvent en outre bénéficier de l’accès aux services de l’Unité agricole intégrée, notamment aux écoles et aux centres de santé via un ticket modérateur.
 
Une politique sociale attractive
Du côté des cultivateurs salariés dans les plantations industrielles de la Saph, le dispositif est suffisamment attractif, notamment sur le plan de la couverture sociale. On note d’ailleurs que si les effectifs étaient, jusque dans les années 1980, souvent composés de travailleurs étrangers, notamment burkinabés, l’« ivoirisation » du secteur est en progression, fruit de meilleures rémunérations dans les plantations d’hévéa, dues à la concurrence et aux épisodes de hausse des prix du caoutchouc. Par ailleurs, le turn-over des personnels est devenu quasi inexistant, aux alentours de 2%.
Du côté des planteurs privés qui travaillent avec la Saph, on bénéficie également de prestations attractives : assurance maladie étendue à la famille, prêts pour la replantation, formation et sensibilisation aux nouvelles techniques, aides à la gestion, mise à disposition de matériel végétal à haut rendement et d’engrais… Certes, ces aides relèvent de la conscience que le travail de ces planteurs participe de la croissance de la Saph, mais elles s’inscrivent également dans une politique de développement durable dans laquelle le groupe Sifca est fortement engagé. Une logique soutenue par Franck Eba, directeur en charge de ce département : « Si vous ne confortez pas votre ancrage territorial, si vous négligez le développement local sans tenir compte de votre responsabilité sociétale, vous ne pouvez pas assurer cette pérennité de votre activité. » Une responsabilité qui se décline aussi sur le plan environnemental puisque l’hévéa est développé sur des jachères existantes, protégeant les sols et séquestrant quelque huit tonnes de CO2 par an et par hectare.
 
Les cadres à la rescousse
Entre les industriels et les planteurs en milieu villageois, l’essor de la culture de l’hévéa à l’aube des années 2000 ne pouvait laisser insensibles tous ceux qui étaient prompts à investir dans ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à un nouvel Eldorado. Le profil sociologique de ces nouveaux planteurs va du cadre soucieux d’investir pour s’offrir quelques garanties de revenus pour ses vieux jours, jusqu’aux dignitaires de l’Etat (députés, ministres) attirés par la pérennité de cette manne. Pourtant un tel investissement suppose de s’armer d’un minimum de patience. Il faut en effet compter entre six et sept ans pour que les hévéas soient productifs. Mais passé ce cap, l’arbre le devient pendant plus de quarante ans, avec un rendement qui va même doubler à partir de la vingtième année d’exploitation. L’investissement se révèle donc payant pour qui peut investir, ne serait-ce que dans quelques dizaines d’hectares pour commencer, parfois hérités et laissés inexploités. Et là aussi, la Société africaine de plantations d’hévéas sait encourager les vocations comme en témoignent les différents séminaires qu’elle organise sur ses sites. Au menu, des exposés sur les nouvelles technologies et un passage en revue de l’expertise assurée par la Saph : préparation de la pépinière, planting, greffage, spécificité des différentes saignées… Sans compter la possibilité de se retrouver au sein du club Prestige, initié par la Saph qui regroupe les grands planteurs. De quoi rassurer les néophytes prêts à engager des fonds mais souvent démunis sur le plan des connaissances techniques.
 
Des objectifs toujours à la hausse
Entreprise au capital de 14,6 milliards de francs CFA, cotée à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d’Abidjan, la Saph est aujourd’hui propriétaire de 21 500 hectares de plantations industrielles qui font travailler quelque 6 100 employés. Si elle peut se targuer d’une production qui s’élève à 99 000 tonnes usinées par an, ses objectifs ne s’arrêtent pas là puisqu’elle vise à produire un million de tonnes de caoutchouc naturel d’ici 2030. Un objectif amitieux qui repose plus que jamais sur un pari commun, partagé entre la société et les planteurs privés – à qui la Saph a acheté 61 000 tonnes de caoutchouc sec en 2010. Mais aussi un pari réalisable compte tenu de la demande internationale et d’une concurrence qui touche à ses limites. En effet, la saturation des terres dans les pays asiatiques, en ce qui concerne leurs plantations industrielles, entraîne une raréfaction des surfaces appropriées. Par conséquent, il n’est pas interdit de penser que l’Afrique de l’Ouest puisse devenir un grand pôle émergent du développement hévéicole dans le monde. De quoi envisager l’avenir sous les meilleurs auspices.
 
 
Récolte mode d’emploi
L’objet de l’hévéaculture est de récolter le latex, ce liquide blanchâtre qui coule de l’arbre après une entaille (on parle alors de saignée) pratiquée aux heures fraîches sur son écorce. Une opération qui ne peut toutefois être pratiquée que lorsque l’arbre a atteint six ans d’âge. Chaque saignée se fait en enlevant entre 1 et 2 millimètres d’écorce selon la fréquence de l’opération, à une profondeur de 1 millimètre dans le cambium (tissu végétal qui marque la limite entre le bois et l’écorce). Le produit est récolté quatre heures après la saignée sous forme de latex ou deux jours après sous forme de coagulum (fond de tasse), comme c’est le cas en milieu villageois.
 
 
La Saph en chiffres *
Evolution du chiffre d’affaires (en millions de FCFA)
104 941 (2008)
75 609 (2009)
140 238 (2010)
Répartition du capital social
68,1% (Siph)
19,3% (public BRVM)
9,9% (Compagnie financière Michelin)
2, 7% (autres investisseurs privés)
* Chiffres 2010.
 
 
Les acteurs de la filière
Ils sont réunis au sein de l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (Apromac), créée en octobre 1975. Cette association regroupe l’ensemble des catégories professionnelles de la filière (usiniers, manufacturiers, chercheurs, planteurs non usiniers). En 2009, l’Apromac a lancé un Fonds de développement de l’hévéa, programme sur dix ans qui vise à créer 300 000 hectares d’hévéa.
 Les usiniers du caoutchouc naturel
- SAPH ( Société africaine de plantations d’hévéa )
01 BP 1322 Abidjan 01. Tél. : 21 75 76 76
- SOGB (Société des caoutchoucs de Grand-Bereby)
01 BP 365 San Pedro 01. Tél. : 34 72 15 00
- TRCI (Tropical Ruber Côte d’Ivoire)
01 BP V 172 Abidjan 01. Tél. : 23 45 22 63
- CCP ( Compagnie de caoutchouc de Pakidié )
01 BP 1191 Abidjan 01. Tél : 20 30 51 17 18
- CHC (Compagnie hévéicole de Cavally)
04 BP 161 Abidjan 04. Tél. : 21-24-04-50
- Hevetec (Société de production de caoutchouc naturel)
17 BP 1336 Abidjan 17. Tél. : 22 42 90 20
- IDH (l’Ivoirienne d’hévéa)
17 BP 46 Abidjan 17. Tél. : 22 47 64 16
- SAIBE : Société agricole et industrielle de Bettié
Les associations de planteurs privés
- Aprocanci (Association des producteurs de caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire)
- OPCN (Organisation des producteurs de caoutchouc naturel)
Les Instituts de recherche
- CNRA (Centre national de recherche agronomique)
01 BP 1740 Abidjan 01. Tél. : 23 47 24 24
- Hevego (Société hévéicole du Go)
01 BP 7572 Abidjan 01. Tél. : 22 40 09 00
Les sociétés commerciales
- CDC (Centrale de commercialisation du caoutchouc naturel)
08 BP 893 Abidjan 08. Tél. : 20 21 60 75 / 20 22 70 67
- Latex Ivoire (Société de développement de l’hévéaculture)
BP 1814 Gagnoa. Tél. : 32 77 26 21/ 23 46 69 96
Les structures associées
- FISH (Fonds interprofessionnel de solidarité hévéa)
- APPH (Association professionnelle pour la promotion hévéicole)
- FIRCA (Fonds interprofessionnels pour la recherche et le conseil agricoles)
 
 
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